Le sport, c’est bon pour la santé. Mais pratiqué en ville, cela revient aussi à s’exposer aux particules fines.

«Evitons de dramatiser les effets de la pollution sur la santé des sportifs ! », assène le professeur Xavier Bigard, vice-président de la Société française de médecine du sport. « Les bénéfices de l’activité physique dépassent très très largement les effets secondaires des effets polluants. Des données scientifiques le démontrent clairement », explique-t-il.

Les bienfaits du sport sont bien connus (prévention des pathologies chroniques, du cancer, du retard du vieillissement et des maladies neuro-dégénératives). On connaît également de mieux en mieux les effets négatifs de la pollution, qui entraîne notamment des problèmes d’ordre respiratoire et cardiovasculaire. Pour le professeur Bigard, il n’y a aucun doute, la balance penche en faveur de l’exercice.

Seuils d’alerte en période de pic de pollution

Ce qui n’empêche nullement de prendre quelques précautions en période de forte pollution. Le Ministère de la Santé a publié des recommandations en fonction des seuils de pollution de l’air. Passé le seuil dit « d’information », seules les personnes vulnérables sont invitées à modérer leur activité. Mais au-delà du « seuil d’alerte », même les sportifs en bonne santé sont priés de se reposer un peu le temps que l’air soit plus « propre ».

« C’est une question de bon sens, lance le professeur Xavier Bigard. En période de forte pollution, il faut éviter de courir près des routes les plus fréquentées, privilégier les bois comme ceux de Vincennes ou de Boulogne à Paris, courir aux heures les moins polluées ». En Île-de-France, le seuil d’information a été dépassé douze fois entre janvier et début juillet 2015. Le seuil d’alerte a, lui, été atteint quatre fois.

7 fois plus de particules fines

L’allergologue Jocelyne Just, elle, prêche en faveur d’une plus grande prudence. « Pour moi, courir en ville n’est pas très intelligent, même en dehors des pics », affirme-t-elle. La spécialiste de l’asthme à l’hôpital pour enfants Trousseau, à Paris, constate régulièrement les effets adverses de la forte augmentation des allergies, due notamment à la pollution.

« Augmenter son activité pulmonaire dans un air vicié, explique-t-elle, c’est augmenter le risque de déclencher des problèmes respiratoires. » Le volume d’oxygène consommé lors d’une séance de course à pied est multiplié par sept, selon une étude canadienne. Ce sont donc sept fois plus de particules fines, l’un des polluants nocifs les mieux étudiés, qui auront l’opportunité de s’incruster dans les poumons et fragiliser le système respiratoire.

Mieux que la sédentarité

Pour autant, le professeur Bigard est clair : « La sédentarité est l’ennemi numéro un. » Lors des épisodes de pollution, les personnes les plus sensibles (notamment les femmes enceintes et les personnes âgées ou souffrant de problèmes cardiaques ou respiratoires) doivent « privilégier une activité moins intense, mais il serait dommage de les clouer à leur chaise et de les priver des effets bénéfiques du sport. Pour les autres, il suffit d’adapter sa pratique. »

Alors, faut-il faire du sport même quand l’air est pollué ? L’option la plus raisonnable reste de demander conseil à votre médecin avant de vous lancer dans des exercices sur fond de particules fines.

Quelques conseils pour les sportifs qui résident dans des zones polluées

« Chi va piano, va sano e lontano », dit le proverbe italien. Ralentir pour être en meilleur santé, plus longtemps… Réduire l’intensité du sport permet de respirer moins vite et donc, de moins s’exposer à la pollution.

Pratiquer loin des grandes artères, préférer les parcs et les zones bien ventilées.

Faire du sport tôt le matin ou le dimanche. Entre 4 et 8 heures du matin, l’air des villes est à son niveau le plus propre.

Si on pratique en salle, s’assurer qu’elle est bien ventilée.

Redoubler de prudence en été : selon une étude de l’Institut national de veille sanitaire, la pollution est plus dangereuse pendant la belle saison, particulièrement pour les personnes sensibles du cœur et pour les personnes âgées.

Laisser un commentaire